Est-ce que je souffre d’hyperphagie ?

L’hyperphagie fait partie des troubles du comportement alimentaire (TCA). Elle se distingue de la boulimie notamment par le fait que la crise de boulimie se termine souvent par des vomissements (dans la plupart des cas mais pas toujours). D’ailleurs les boulimiques sont très souvent dans le contrôle du poids et donc finalement peu en surpoids ou obésité, contrairement aux hyperphages qui cumulent les kilos au fil des crises (beaucoup d’obèses sont hyperphages et réciproquement). Bien sûr, tout ça n’est pas gravé dans le marbre, ce sont des maladies très compliquées à aborder et à comprendre, pour le patient et pour le personnel médical.

Les crises d’hyperphagie peuvent être mises en évidence selon 3 critères principaux :

  • Le fait de manger loin du regard des autres, caché et sans témoin.
  • Le fait que la crise s’arrête à partir du moment où des douleurs sont ressenties de manière physique (crampes à l’estomac par exemple).
  • Le fait que la quantité ingérée soit largement supérieure aux besoins et envies, le contrôle ne se fait plus, la crise a « pris le dessus ».

En voyant ces critères je peux dire aujourd’hui que j’ai été hyperphage pendant de nombreuses années, notamment entre 22 et 26 ans. Je me revois encore aller au supermarché uniquement dans le but d’acheter à manger, de revenir avec un paquet de céréales, du pain et de la brioche, de tout manger (le paquet de céréales entier avec 1 l de lait), d’avoir envie de vomir, de souffrir de maux de ventre intenses, de me sentir sale et nulle, de rester enfermée pendant plusieurs heures, puis de sortir les soirs avec mes amis comme si de rien n’était… Cette période me parait loin mais elle a façonné aussi mon corps avec ses prises de poids.


C’est aussi une histoire de contrôle et de perte de contrôle. Ce sont des aliments que je ne voulais pas avoir chez moi par peur de « la crise » (encore aujourd’hui les céréales me font peur alors que je sais que je n’ai plus rien à craindre). Ce sont des régimes drastiques à répétition faits de sachets de poudre protéinée avec beaucoup de frustration puis des crises d’hyperphagie. C’est une période compliquée d’estime de soi au plus bas qu’il a fallu remonter année après année.

Aujourd’hui je me dis que j’aurai aimé avoir un discours autour de moi sur le fait de pouvoir manger de tout sans culpabiliser, que c’était ok de manger un bol de céréales le soir à la place de son diner si on en a envie (et pas en plus, cachée dans la cuisine), que c’est ok des fois de vouloir manger plus parce qu’on est stressée, fatiguée, mais que c’est aussi ok de vouloir être mieux et de ne pas se faire contrôler par la nourriture. De ne pas être assaillie par les régimes et surtout de ne pas croire que ma valeur était dans mon poids ou mon physique.

Parce que notre valeur est bien au delà du poids ou du physique. Tellement au delà. Choisissez-vous vos amis pour leur physique ? Ou pour cette osmose qu’il y a entre vous quand vous discutez, sur ces sujets de conversation qui pourraient vous tenir éveillé toute la nuit, sur le soutien réciproque que vous vous apportez dans les coups durs et les belles journées ?

Vous vous reconnaissez ?


On peut sortir de l’hyperphagie en prenant du recul et en ayant conscience de notre valeur. L‘alimentation intuitive aide grandement à revoir les sensations alimentaires et à être apaisée face à la nourriture.

PS : ça me « coûte » de parler de tout ça ici, mais je crois aussi qu’en en parlant on s’en détache (ce qui est mon cas depuis plusieurs années) et que surtout cela permet à d’autres personnes d’en prendre conscience.

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